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[Décryptage] Le sentiment d’insécurité

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[Décryptage] Le sentiment d’insécurité

Selon les statistiques, la violence est en baisse en France. Pourtant, l’insécurité est un thème majeur, parfois surestimé. Le Monde de la Sécurité décrypte ce phénomène.                                                                                                                               

 

 

 

Par Théo Zuili du Monde de la Sécurité 

Publié le 3 juin 2021 à 14h50

 

Les spécialistes se sont mis d’accord : on constate une augmentation de la violence dans les années 1970 et 1980 dans le monde, avant qu’elle ne chute drastiquement à partir des années 1990. Pourtant, il ne se passe pas une journée sans que l’on entende parler d’une attaque terroriste quelque part dans le monde. Il ne s’écoule pas une heure sans que l’on voie passer sur les réseaux sociaux un titre de fait divers sordide. La sécurité est un enjeu majeur à l’approche des élections présidentielles et chaque candidat se saisit de cet enjeu lors de sa campagne.

Où en est l’insécurité réelle ?

Il existe plusieurs techniques pour calculer l’insécurité. La méthode la plus commune pour mesurer la violence est de calculer le taux d’homicide car s’il s’agit de la forme de violence la plus extrême, c’est aussi la plus dure à cacher. Lorsque l’on étudie le taux d’homicide sur une longue période, la tendance est claire : la violence décline constamment dans le monde entier.

La délinquance, elle, est plus difficile à mesurer. On estime qu’elle dispose d’un large « chiffre noir », car les déclarations de plaintes ou le nombre de condamnations ne sont pas des indicateurs très fiables. De plus, de nos jours, les citoyens portent plainte plus facilement qu’auparavant. Le chiffre de la délinquance est également influencé par la politique menée par le gouvernement, qui évolue avec le temps, ce qui impacte le nombre de condamnations et de plaintes enregistrées. Les atteintes aux femmes par exemple, la parole s’étant libérée, sont largement plus enregistrées qu’auparavant alors que ces faits existaient et n’étaient pas répertoriés. Par exemple, quand la lutte contre le trafic de drogue est inscrite comme une directive majeure des forces de l’ordre, ces dernières traquent davantage les délinquants, tout en laissant parfois le reste de côté, ce qui augmente mécaniquement les statistiques des trafics de stupéfiants en tendant vers le « chiffre noir » alors que ce dernier ne s’est pas amplifié pendant la même période.

Les enquêtes de victimation

Pour mesurer l’évolution de l’insécurité, les spécialistes se sont tournés vers un outil plus fiable. En interrogeant chaque année un échantillon représentatif de la population sur les violences perçues dans l’année écoulée, on obtient une estimation de l’insécurité « réelle ».

En analysant ces « enquêtes de victimation », on détermine qu’à l’instar de la criminalité, la délinquance a tendance à baisser continuellement.

Pourtant, le sentiment d’insécurité augmente

L’Homme a toujours eu un goût pour le macabre. Déjà à l’Antiquité, c’est ce qui poussait les foules vers les jeux du cirque à Rome ou vers les lieux d’exécution publique des condamnés. Aujourd’hui, c’est le même goût qui pousse les automobilistes à ralentir pour regarder les victimes d’un accident sanglant sur l’autoroute. Avec un outil qui permet à quasiment toute la population d’avoir accès à la totalité de l’actualité du monde au fond de sa poche 24 h sur 24 et 7 jours sur 7, l’on peut ainsi déjà comprendre pourquoi ce sentiment d’insécurité augmente. Depuis la démocratisation des smartphones, le citoyen lambda est 30 % plus exposé aux médias qu’il y a 10 ans, avec plus de 44 points de contact par jour. Dès qu’un événement grave se produit, on a le réflexe d’actualiser le flux d’infos de son téléphone.

Souvent, il est alors fait référence au paradoxe de Tocqueville. Alexis de Tocqueville observait déjà en son temps ce paradoxe dans les sociétés démocratiques : à mesure que l’égalité s’établit, que les privilèges reculent, que la situation matérielle s’améliore, les individus tolèrent de moins en moins les inégalités et aspirent à encore plus de confort matériel. De nombreux sociologues affirment qu’il en va de même avec la violence. Dans un contexte mondial de pacification des mœurs, le déclin des comportements violents s’accompagne de la diminution de la tolérance envers la violence. En somme, plus la violence diminue, moins on se sent en sécurité.

Une large influence du sentiment d’insécurité

Aujourd’hui, si l’on est moins témoin de violence physique, on est davantage exposé à la violence dans les médias. Peu importe les statistiques : le sentiment d’insécurité est influencé par les exemples auxquels nous sommes confrontés. L’Homme a davantage peur du requin que du chien, pourtant, statistiquement, il y a 2 500 fois plus de chance de mourir tué par un chien ou 72 500 fois plus de chance de perdre la vie à cause d’un simple moustique chaque année. Mais notre jugement se construit de manière biaisée : les histoires d’attaques de requins, relayées par les médias, augmentent le sentiment d’insécurité face aux requins. C’est ce que Daniel Kahneman a appelé les heuristiques de disponibilité : on surestime la probabilité des événements dont on entend le plus parler.

Revenons vingt ans en arrière. Entre janvier et mai 2002, les chaînes de télévision françaises ont consacré 18 766 sujets aux crimes et faits divers, soit une moyenne de 987 sujets par semaine. Alors que, pendant cette période, le crime n’a nullement augmenté, le traitement médiatique de ces sujets a augmenté de 126 %. Entre 2001 et 2002, le thème largement dominant dans les médias était l’insécurité, loin devant le chômage ou les retraites, qui pourtant étaient alors les principales sources d’inquiétude des Français selon les sondages. Les élections présidentielles approchant, Jacques Chirac a fait de ce thème le cheval de bataille de sa campagne. Le 21 avril 2002, le candidat du Rassemblement national franchissait l’étape du premier tour avec 17,5 % des voix. Entre le premier et le second tour, les médias ont subitement réduit leur couverture des sujets de sécurité, qui a chuté de 67 % sans que la violence ne diminue dans la réalité. Les médias ont été accusés de « faire le lit de l’extrême droite ».

Impossible de savoir si les résultats du second tour et la défaite du candidat d’extrême droite ont été influencés par la chute de la couverture médiatique des faits divers et de l’insécurité, mais cet exemple illustre parfaitement l’ascendant du « 4e pouvoir » sur le sentiment d’insécurité pouvant jusqu’à altérer l’intention de vote.

La violence est en recul, mais chacun en surestime l’importance. Ainsi, elle en devient un enjeu politique à l’arrivée des élections présidentielles. À côté de cela, on reproche aux médias que des sujets qualifiés « bien plus préoccupants », comme le réchauffement climatique, soient relégués au second plan.

 

 

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