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[Un peu d’histoire] Les heures sombres de la police de Pétain

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[Un peu d’histoire] Les heures sombres de la police de Pétain

16 juillet 1942. La rafle du Vel d’Hiv débute et plus de 13.000 juifs sont arrêtés avant de prendre le chemin des camps de la mort. Près de 9000 fonctionnaires de police à la botte du régime de Vichy exécutent les ordres sans sourciller. Retour sur la période noire de la police nationale.

 

 

Par Zoé Robert-Ejner du Monde de la Sécurité 

Publié le 16 juillet 2021 à 09h36

 

Le 24 octobre 1940, alors que l’Occupation allemande a déjà débuté sur le territoire français, Hitler et Pétain scellent le début de la collaboration par une poignée de mains. Le régime de Vichy, alors bien en place, marche dans les pas du nazisme germanique. Dès le départ, les policiers anti-nazis sont chassés de l’institution et sont arrêtés. Les fonctionnaires restants sont désormais sous les ordres de la Gestapo en zone occupée.

Une organisation bien rôdée pour des cibles déterminées

Au fil des ministres de l’Intérieur qui se succèdent, les objectifs se précisent. Adrien Marquet, collaborateur de la première heure et ministre de l’Intérieur sous Pétain, fait de la persécution des responsables de la défaite de la guerre son cheval de bataille. Ainsi, de nombreux hommes politiques, ministres, personnalités ou industriels juifs seront arrêtés et torturés sous bonne surveillance policière.

Son successeur, Marcel Peyrouton, trouvera un nouvel ennemi : le peuple israélite. Le statut des juifs est établi, interdisant aux personnes de confession juive d’exercer certaines professions. C’est ainsi que près de 3000 fonctionnaires seront limogés. Des mesures d’ordre public sont prises, l’internement de plusieurs dizaines de milliers de juifs étrangers, qui selon les mots du haut fonctionnaire, « feraient peur aux français ».

La politique répressive continue au travers du fichage organisé par les fonctionnaires français. Ainsi, près de 150.000 personnes sont recensées comme étant juives, des fiches sont rédigées, celles-ci même qui serviront de base pour les rafles organisées quelques temps plus tard. Les commerçants se voient obligés d’inscrire la mention « entreprise juive » sur leur vitrine, mesure qui sera contrôlée avec rigueur par les gardiens de la paix. Plus tard, la fameuse étoile jaune fera l’objet d’une vérification systématique par les fonctionnaires. Au total, près de 76 000 juifs français ou étrangers ont quitté l’Hexagone pour les camps de la mort. Dans le même temps, d’autres communautés subiront le même sort : les tziganes, les homosexuels, les résistants.

Au-delà de la communauté juive, l’ennemi se trouve également dans les rangs communistes. Peyrouton ordonnera à la Gendarmerie nationale l’arrestation puis la déportation vers l’Algérie de plusieurs milliers de communistes. Pour autant, les communistes s’organisent et plus une semaine ne se passe sans un attentat. Traqués par les services de renseignement, certains policiers se sentent trahis par l’institution en raison de leur orientation socialiste.

Ces orientations nationales et collaborationnistes se traduisent alors par la création de services de police très spécialisés, tels que le service de police anti-communiste, la police des questions juives ou encore le service des sociétés secrètes, notamment chargé de surveiller les francs-maçons.

Les prémices de la police moderne

La police de Vichy, développée par le maréchal Pétain, est, malgré les atrocités commises, l’ancêtre de la police telle que nous la connaissons aujourd’hui. En effet, avant la loi Frey de 1966 qui instaurera de manière pérenne la police nationale, celle-ci a vu temporairement le jour au-delà de la ligne Maginot. En 1941, Pétain décide de constituer un corps de fonctionnaires, représentés jusqu’alors par des agents municipaux, sous l’égide de la police nationale. Des fonctionnaires supplémentaires sont recrutés pour mener à bien les missions, qui seront qualifiées dans le futur « d’indignes », alors même qu’une crise du recrutement guette l’institution dès 1943.

La police nationale se dote d’un directeur général de la police nationale, qui dirigera trois grands services : la police judiciaire, renommée en police de sûreté dès 1942 ; la sécurité publique ainsi que les fameux R.G (NDLR, renseignements généraux). Les fonctionnaires dédiés au renseignement seront alors préposés aux écoutes téléphoniques, interceptions de courriers et autres dénonciations abjectes.

Ainsi, cette nouvelle institution va investir chaque ville de plus de 10.000 habitants (contre 20.000 aujourd’hui), des commissariats vont être établis pour accueillir les nouveaux fonctionnaires du ministère de l’Intérieur. Certains immeubles, appartenant jadis à des familles juives, seront choisis pour y établir des locaux. Ainsi, l’étatisation permettra au maréchal de s’assurer qu’aucun fonctionnaire ne dévie du droit chemin de la collaboration.

Pour s’assurer de la droiture des futurs policiers, l’École nationale supérieure de la police est créée à Saint-Cyr-au-Mont-d’Or. L’élite de la police française, à savoir les commissaires et officiers, y seront formés, notamment sur la législation anti-juive. Des écoles régionales voient également le jour. L’uniforme des gradés est revu et ressemble étrangement aux uniformes des SS allemands.

Enfin, sous l’Occupation, les groupes mobiles de réserve (GMR) sont mis en place afin de maintenir l’ordre en zone libre. En 1944, ces groupes seront remplacés par les CRS.

Une police française résistante ?

A l’heure où la police vichyste a appris à obéir aux ordres, les démissions sont peu nombreuses face aux consignes données par la hiérarchie collaborationniste. L’obéissance et la soumission semblent être les maitres mots de cette sombre période. Pour autant, des actes de résistance individuels ont lieu. En effet, notamment avant les rafles, de nombreux policiers ont laissé entendre qu’une déportation massive allait se produire, permettant alors à de nombreuses familles de prendre la fuite à temps. Ces initiatives étaient pourtant risquées pour les fonctionnaires, pouvant à tout moment être dénoncé par un collègue obéissant.

Des groupes clandestins de policiers se forment, notamment à partir de 1943, à l’image de l’ « Honneur de la police » ou le « Front national de la police ». Lorsque le Service du travail obligatoire (STO) est instauré par Hitler, les jeunes français commencent à rejoindre les maquis pour échapper au travail forcé en Allemagne. Pour autant, l’arrestation de ces jeunes résistants ne deviendra jamais une priorité pour les fonctionnaires, qui pour certains, deviendront à leur tour des résistants. Peu à peu, la police française commence à organiser des opérations de renseignement et de sabotage, pour lesquelles des anciens fonctionnaires seront déportés. La menace pèse sur les fonctionnaires français, d’une part intimidés par les maquisards, et d’autre part fusillés par les allemands en cas de découverte d’activités clandestines.

Certains policiers jouent alors un double jeu : collaborer pour servir les intérêts de la résistance. Le commissaire Philippe adresse une lettre de démission le 15 janvier 1943 dénonçant les pratiques auxquelles il ne veut plus participer, en s’exprimant ainsi : « J'ai le regret de vous rendre compte de ce que la politique actuellement suivie par notre gouvernement n'étant pas conforme à mon idéal, je ne saurais désormais servir avec fidélité ».

Lors du débarquement, les fonctionnaires rejoignent le maquis en masse. Dans la seule nuit du 6 juin 1944, entre 1000 et 1600 policiers entrent dans la résistance. La fin de la guerre est proche, et les policiers participent à la libération de Paris, assure l’ordre lors de l’entrée du général de Gaulle dans Paris et lave son honneur. La profession sera alors massivement touchée par l’épuration, et près de 10.000 policiers seront jugés, internés et condamnés, parfois à mort.

 

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