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[Décryptage] Pegasus, le logiciel espion utilisé par de nombreux États

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[Décryptage] Pegasus, le logiciel espion utilisé par de nombreux États

Un consortium international de journalistes révèle une affaire de cyberespionnage de très grande ampleur. Une dizaine de pays à travers le monde utilise un logiciel pour espionner des politiques, des journalistes ou encore des avocats. Explications.

 

 

 

Par Ugo Maillard du Monde de la Sécurité 

Publié le 19 juillet 2021 à 14h55

 

Un scandale d’espionnage. Ce dimanche 18 juillet 2021, un consortium de journalistes mené par Forbidden Stories et composé de journalistes du monde entier dont Radio France, The Guardian ou encore le Washington Post. Rappelant le scandale de l’affaire Snowden qui avait mis en lumière une écoute généralisée du peuple américain par la NSA, le « Projet Pegasus » est un logiciel d’espionnage.  Le logiciel espion est commercialisé auprès d’États ou d’agences gouvernementales. Une société baptisée NSO, qui emploie 750 salariés à Herzliya, dans la banlieue de Tel-Aviv, mais aussi à Chypre et en Bulgarie vend ce produit uniquement avec l’aval de l’État israélien et de ses services de sécurité. Officiellement, il a pour but d’aider les services de renseignement à lutter contre la criminalité.

L’enquête de plusieurs mois menée par plus de 80 journalistes révèle que le logiciel espion n’est pas uniquement utilisé pour lutter contre la criminalité, bien au contraire. Le logiciel Pegasus permet de pénétrer n’importe quel téléphone, quel que soit la marque ou le modèle. Une fois l’intrusion réalisée, Pegasus permet de récupérer l’accès à tous les contacts, les photos et les mots de passe. Il peut lire les emails, suivre les conversations, même sur les messageries chiffrées, géolocaliser l’appareil et activer micros et caméras sans ne laisser aucune trace.

50 000 numéros de téléphone ciblés à travers le monde

Si l’origine du produit est née d’une volonté de lutter contre la criminalité, le consortium de journalistes démontre que les personnes espionnées ne sont pas des criminels. Forbidden Stories a eu accès à plus de 50 000 numéros ciblés par les différents pays qui utilisent le logiciel espion. Parmi les pays pointés du doigt par les enquêteurs, on retrouve des pays considérés comme des dictatures comme l’Arabie Saoudite mais aussi des pays « démocratiques » comme le Mexique, l’Inde ou encore la Hongrie.

Selon les premières révélations de l’enquête, les douze clients (le Mexique, l’Arabie Saoudite, Les Émirats arabes unis, l’Inde, l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, l’Indonésie, le Rwanda, le Togo, mais aussi la Hongrie, un membre de l’Union européenne) de NSO ont, depuis 2016, ciblé de nombreuses personnes de la société civile. Parmi les figures « types » victimes de cet espionnage, les journalistes, les politiques, les diplomates, des médecins ou encore des sportifs. Si les journalistes ont révélé l’affaire dans son ensemble, ils ont précisé que parmi les personnes visées par l’espionnage, figurent 13 chefs d’État, dont trois européens, leurs noms seront divulgués dans les prochains jours. Forbidden Stories explique que les journalistes sont les cibles prioritaires des pays utilisant le logiciel.

Fait divers devenu célèbre, l’affaire Jamal Khashoggi est au cœur de ce scandale d’écoute. Le journaliste du Washington Post d’origine saoudienne avait été assassiné au consulat d’Arabie Saoudite à Istanbul, le 2 octobre 2018. Suite à ce meurtre, l’enquête révèle que les proches du journaliste ont été la cible du logiciel et des autorités saoudiennes. Au Mexique, l’espionnage à l’encontre de journalistes est de très grande ampleur. Le consortium de journalistes explique que l’État mexicain a inscrit une vingtaine de membres des principaux médias de la capitale Mexico, ainsi que des journalistes de publications locales, un chroniqueur de Bloomberg, et un producteur de CNN sur le logiciel Pegasus. L’Inde est également au cœur de cet espionnage de journalistes puisque ce sont 30 journalistes, dont cinq d’investigation, dix chargés de l’information internationale, et huit spécialistes politiques, qui ont été sélectionnés parmi les cibles du logiciel espion.

La France touchée par l’espionnage

Plus de 1 000 Français. Les journalistes et notamment des deux médias français qui ont pris part à l’enquête, Le Monde et la cellule investigation de Radio France sont clairs, la France n’est pas un client de NSO. En revanche, plus de 1 000 Français sont victimes du logiciel espion utilisé par le Maroc. Selon les révélations du consortium de journalistes, le Maroc aurait espionné de nombreux journalistes français parmi lesquels on note la présence de deux journalistes de Mediapart dont Edwy Plennel. C’est également le cas de Dominique Simonnot, l’actuelle contrôleuse générale des lieux de privations de liberté qui jusqu’en 2020 était journaliste au Canard enchaîné.

D’autres journalistes comme Rosa Moussaoui de L'Humanité, ancien responsable du bureau de l’AFP à Rabat, ainsi que l’éditorialiste du Figaro Éric Zemmour font partie des personnes surveillées par le Maroc. Au total, les journalistes ont pu établir qu’au moins 35 numéros de journalistes ont été sélectionnés comme cibles par le Maroc.

Suite à la publication de cette enquête, la France a réagi. Par le biais du porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, la France se dit « choquée par ces faits extrêmement graves ». De son côté, Mediapart a annoncé ce lundi matin, porter plainte devant la justice française après avoir appris l’espionnage de deux journalistes de leur rédaction.

 

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