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[7 questions à...] Simon RIONDET, chef de la BRI-PP et de la Brigade anti-commando

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[7 questions à...] Simon RIONDET, chef de la BRI-PP et de la Brigade anti-commando

Simon Riondet est commissaire divisionnaire de police. Il dirige la Brigade de recherche et d’intervention de la préfecture de police de Paris. C’est lui qui assure la direction de la Brigade anti-commando (BRI-BAC) en cas de crise majeure dans la capitale.

 

Interview du commissaire divisionnaire chef de la BRI-PP et de la BRI-BAC, Simon Riondet, réalisée par Théo Zuili du Monde de la Sécurité 

Publiée le 21 juillet 2021 à 10h25

 

La BRI est le seul service de police qui subsiste sur l’île de la Cité, à Paris, au sein de la préfecture de police de Paris. Une bonne raison : rester central dans Paris pour pouvoir être le plus rapide possible pour intervenir. Leur contrat opérationnel leur impose d’être en mesure d’intervenir partout dans Paris en 20 minutes. C’est cette position centrale qui leur a permis, en 2015, d’être la première unité spécialisée à intervenir lors de l’attentat terroriste perpétré au Bataclan. Simon Riondet, chef de la BRI de la préfecture de police de Paris, répond à nos questions.

Quelles sont les missions de la BRI ?

La BRI a deux types de missions.

Dans Paris et la petite couronne, nous intervenons en police judiciaire pour des surveillances, filatures et interpellations tant sur la voie publique qu’en milieu clos.

Notre seconde mission est celle de l’intervention spécialisée : on intervient de manière autonome en cas de prises d’otages, de forcenés, d’attaques terroristes et autres. Notre compétence, ici, est Paris intramuros. Nous intervenons également en renfort du RAID sur la petite couronne. On travaille alors en parfaite coordination dans le cadre de la force d’intervention de la police nationale (FIPN), dirigée par le RAID, dont je suis l’adjoint quand elle est mise en œuvre.

Comme pour le RAID et ses antennes, le GIGN et ses antennes, la BRI-PP est au troisième niveau de l’intervention. C’est-à-dire qu’une fois que la menace est « fixée », nous intervenons en zone police quand la situation n’a pas pu être réglée autrement et que le risque est très grand.

Comment est organisée la BRI ?

Le chef de service de la BRI et son adjoint sont commissaires divisionnaires. Ensuite, il y a un État-major avec sa division administrative. En tant que chef de service, je dirige les deux sections : la section recherche et intervention, et la section d’appui opérationnel. La section recherche et intervention est composée de quatre fois deux groupes, soit un peu moins de 70 personnes, qui sont des opérateurs polyvalents qui font de l’intervention et des missions de police judiciaire, car nous sommes rattachés à la DRPJ de Paris. Ensuite, il y a la section d’appui opérationnel, composée d’un peu plus de 25 personnes, qui comporte tout ce qui est formation, technique, planification des interventions ou moyens de communication. Cette section comporte aussi une unité qui traite du renseignement humain et technique pour nos affaires judiciaires, et une cellule qui travaille sur tout ce qui est moyens en opérations et PC opérationnel. À cela s’agrègent trois unités qui fonctionnent avec nous au quotidien : les démineurs, les médecins et l’unité canine d’intervention. Ces gens appartiennent administrativement à d’autres directions de la préfecture de police de Paris (PP), dont nous dépendons également.

Et la brigade anti-commando ?

De la même manière, la Brigade anti-commando agrège des compétences existantes de la PP. Quand on doit intervenir sur la Seine lors d’une prise d’otage, la brigade fluviale de la PP, qu’on a formé au préalable, intervient avec nous. On applique cela dans tous les domaines où l’on estime qu’il y a un savoir-faire déjà existant qui est intéressant et qu’on va pouvoir utiliser en cas de crise majeure. C’est une gestion de la crise intégrée qui marche très bien. Ce concept-là, c’est celui de la Brigade anti-commando. On agrège ainsi jusqu’à 350 personnes pour nous permettre d’intervenir dans les cas les plus complexes. Dans ce cadre, nous sommes mis en œuvre directement par le préfet de police de Paris qui gère la crise.

Cette brigade est la première unité d’intervention à avoir été créée. Elle date de 1972. Mais pour expliquer son histoire, il faut connaître celle de la BRI. La BRI est une unité créée en 1964 par le Commissaire Le Mouël. Son idée était de créer une unité qui se concentre sur le terrain et la proaction. La menace à l’époque était celle des braquages, particulièrement nombreux qui ont donné son surnom d’ « antigang ». Il fallait une unité capable d’intervenir sans être handicapée par les dossiers et papiers. Cette idée a été dupliquée en province au fil des années 1970. C’est alors en quelque sorte une innovation énorme qui est l’évolution du concept de mobilité et de réactivité ayant présidé à la création des brigades du Tigre.

Quand survient la prise d’otage des membres de la délégation israélienne par des terroristes palestiniens lors des Jeux olympiques de Munich, il est apparu évident que pour une grande ville comme Paris, il fallait des policiers capables d’agir en unités d’intervention. On crée alors la Brigade anti-commando, dirigée par le chef de service de la BRI-PP. La brigade antigang est alors appuyée par la Compagnie des moniteurs de sports pour la brigade anti-commando. Elle a continué d’évoluer pour intégrer la brigade d’intervention de la DOPC, en quelque sorte la descendante de la compagnie sportive des moniteurs, la BAC-nuit, la Compagnie de sécurisation et d’intervention (CSI) de Paris. On intègre ces unités de niveau d’intervention 2 en appui de la BRI.

Quelles sont les missions de la BRI-BAC, pourquoi s’agit-il d’un service temporaire et comment est-elle activée ?

La BRI-BAC, c’est tout ce qui est intervention spécialisée dans Paris, et en appui du RAID en petite couronne. Tout ce qui est menace figée et intervention « lourde ». Dans le cadre du concept de force d’intervention rapide, nous arrivons en 20 minutes partout dans Paris. Ensuite, on a le H 30 qui intervient trente minutes plus tard avec des moyens complémentaires plus lourds encore. Cette gradation permet de monter dans la courbe de l’intervention spécialisée pour être adaptée à la menace qui nous fait face.

Le reste de nos interpellations ce sont des interventions de police judiciaire que nous traitons seuls. Depuis le début de l’année, nous avons interpellé 106 personnes, dont deux forcenés.

La BRI-BAC est activée par le préfet de police qui engage la BRI laquelle, met en œuvre les moyens supplémentaires dont elle a besoin en appui. C’est un service temporaire, car on n’a pas besoin d’être 350 à temps plein. Polyvalent, on l’active au moins partiellement à chaque intervention spécialisée, en fonction des besoins. On a besoin de s’adapter et de ne pas être l’arme au pied à attendre. L’activité judiciaire est en elle-même bien plus formatrice. Tous les jours, c’est du terrain. Mais nous nous formons également 500 heures par opérateur et par an. Une partie des effectifs est neutralisée pour être en formation pendant que le reste est sur le terrain. Cela nous permet d’alterner et c’est pourquoi nous avons doublé nos effectifs en 2015.

La BRI-BAC peut également être placée sous l’autorité de la FIPN quand le préfet souhaite l’activer ; quand l’ampleur de la crise fait qu’on a besoin d’un appui du RAID. Dans ce cadre-là, le chef de la FIPN est celui du RAID tandis que celui de la BRI est son adjoint.

Quels sont vos effectifs et comment s’organisent vos recrutements ?

On est un peu moins de 100 au sein de la BRI. En 2020, on a intégré six nouvelles personnes à la fin d’un long processus de sélections sur dossiers composé d’une semaine de test, de deux semaines d’immersion puis d’un passage devant une commission. Cette année, sur les 6 personnes intégrées pour suivre la formation initiale, cinq ont finalement réussi cette formation et été affectés au sein de la brigade. Nos prochaines sélections auront lieu en septembre. En gros, pour 80 dossiers, on en sélectionne 20 pour une semaine de test. À l’issue de notre dernière semaine de test, on en a sélectionné six pour l’immersion et seulement quatre ont été habilités. Ce sont ces quatre-là qui devront nous rejoindre en septembre ou octobre 2021. Ces profils sont majoritairement ceux de fonctionnaires de BAC, de police judiciaire ou des services de renseignements. Nous ne recherchons pas tant des profils que des personnalités capables de s’intégrer et de progresser pour faire ce métier si particulier. Nous encourageons ainsi les candidatures de policiers avant tout motivés et prêts à se dépasser.

De quels moyens disposez-vous ?

Au niveau de nos moyens, nous sommes dotés de véhicules blindés et plus « classiques » pour les opérations d’intervention spécialisée, mais aussi de véhicules de soutien pour transporter le matériel. Ensuite, on a tous les véhicules civils discrets qui peuvent nous permettre de réaliser des filatures.

On a les moyens d’effraction dont disposent tous les groupes spécialisés français, y compris la capacité de réaliser des effractions dites chaudes (à l’explosif), on a du matériel pour intervenir par le haut (corde lisse en héliportage ou varappe), on a des robots pour éclairer le travail des colonnes d’assaut… Sinon nous disposons de l’armement classique d’une unité d’intervention (fusils de tireurs d’élite, des fusils d’assaut, des armes de poing...).

On a des moyens compatibles sinon identiques avec le RAID et le GIGN avec qui on travaille main dans la main. On a une volonté de travailler tous ensemble, on se prépare même déjà pour assurer la sécurité des Jeux olympiques de Paris, il n’y a aucune compétition mais une volonté de travailler en complémentarité

Quelles sont les opérations qui ont le plus marqué la BRI-BAC ?

Il y en a beaucoup, mais je pense tout de suite au Bataclan. C’est une intervention, menée par mon prédécesseur, qui représente l’un des assauts les plus exemplaires et uniques de la BRI-BAC. Il faut savoir que lors de l’intervention au Bataclan, les policiers de la BRI ont tiré seulement neuf cartouches et sept grenades assourdissantes. On a compté 22 impacts de Kalachnikov rien que sur le bouclier qui a servi au Bataclan. Il s’agit d’une intervention lors de laquelle la maitrise du feu a été exemplaire et l’efficacité totale. On a cette particularité : après cet assaut, de nombreuses forces d’intervention du monde entier sont venues pour qu’on le leur débriefe. Pour moi, il y a deux assauts marquants dans l’histoire des forces spécialisées françaises sur le territoire : l’aéroport de Marignane et le Bataclan. Dans les deux cas, au-delà des difficultés inhérentes à l’opposition à laquelle les forces spécialisées ont pu faire face dans d’autres assauts très difficiles, on se trouve face une présence massive d’otages et des terroristes déterminés à mourir.

Il y a de très nombreuses réussites dans les assauts des unités spécialisées de police ou de gendarmerie, mais les deux assauts que j’ai cités sont particulièrement marquants. C’est une grande fierté pour moi de diriger ceux qui ont mené l’assaut du Bataclan. Ces hommes qui sont allés avec courage et en toute connaissance de cause face au danger au péril de leur vie. Ils ont continué à avancer quoi qu’il arrive même quand leur bouclier est tombé et qu’ils se sont retrouvés exposés sans protections aux tirs nourris des terroristes. Ils n’ont jamais hésité pour remplir leur mission, sauver les otages et neutraliser la menace. Pourtant ce sont des policiers d’une humilité totale, ils ne s’enorgueillissent pas de cette bravoure et tous s’entraînent sans relâche pour être en mesure de faire face à ce type de situation en espérant que cela n’arrive jamais plus.

 

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