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[Casse du siècle] L’attaque du train de la Banque de France

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[Casse du siècle] L’attaque du train de la Banque de France

Le 26 juillet 1944, la Résistance en Dordogne subtilise plus de deux milliards de francs à la Banque de France, et non pas aux Allemands. Il s’agit du plus gros casse mondial et du premier « casse du siècle » français.                                                  

 

 

 

Par Théo Zuili du Monde de la Sécurité 

Publié le 21 juillet à 13h35

 

« Les sanglots longs des violons de l’automne bercent mon cœur d’une langueur monotone ». En juillet 1944, un mois après la diffusion de ce message sur les ondes et le débarquement des alliés en Normandie, les rangs de Résistance grossissent dans le sud-ouest de la France, où les forces d’occupation ne sont pas encore en déroute, mais où le parfum de la victoire approche.

Avec autant de nouvelles bouches à nourrir et de nouvelles mains à armer, les résistants procèdent à de nombreuses réquisitions chez les commerçants et paysans locaux en échange de bons qu’ils ne peuvent honorer, faute d’argent. Les commerçants et agriculteurs ponctionnés et laissés sans nourriture développent alors un sentiment d’hostilité à l’égard de la Résistance.

Un préfet vichyste collabore avec la Résistance

L’Armée secrète (AS), un regroupement de résistants français, compte bien régler ses dettes aux civils de la région et trouver enfin l’argent pour mener ses opérations. Le lieutenant-colonel Gaucher, chef des Forces françaises de l'intérieur (FFI) en Dordogne, apprend une nouvelle surprenante par le biais du préfet vichyste du département qui sent le vent tourner en la faveur des alliés, Jean Callard. Ce dernier s’organise pour approvisionner les centres des finances publiques régionaux en espèces pour des montants très élevés, pour que les maquisards obtiennent le gros lot à chaque braquage. Une solution contrée par les Allemands qui assurent alors la sécurité de chaque centre plus fermement. Il faut dont trouver un autre moyen.

Le plan du train de la Banque de France

Jean Callard apprend qu’entre 8 et 10 milliards de Francs sont conservés dans la Banque de France de Périgueux. Le directeur lui fait part de son inquiétude qu’une telle somme, issue des ressources de la Banque de Périgueux en plus de celle de Bordeaux, où les menaces de bombardements et de débarquement avaient nécessité de se débarrasser de leurs fonds pour ne pas les perdre, repose dans ces coffres. Le préfet lui suggère donc de retransférer une partie de ces fonds à Bordeaux, où les menaces de débarquement s’étaient tues maintenant qu’avait eu lieu celui de Normandie. Le directeur de la Banque de France de Périgueux adhère à l’idée. Il détaille donc à Jean Callard qu’un train partira le lendemain à destination de Bordeaux avec à son bord six tonnes de billets d’une valeur de deux milliards et deux-cent-quatre-vingts millions de Francs, soit plus de 430 millions de nos euros. Jean Callard alerte précipitamment la Résistance : « ce train ne doit jamais arriver à Bordeaux ». Il détaille toutes les informations utiles dont il dispose. Les Résistants ont moins de 24h pour organiser le casse du siècle, la solution à leurs dettes et aux besoins des FFI est offerte sur un plateau d’argent.

Le 25 juillet au soir, la Résistance organise le braquage. Il faudra des camions pour transporter les tonnes de billets, assez de temps pour tout charger et un endroit sûr pour décharger sans lever de soupçons. Il est décidé que l’interception du train aura lieu dans la gare de Neuvic.

Le casse du siècle

Vers 18h, le 26 juillet 1944, le train est chargé de billets et les passagers sont installés, en gare de Périgueux. Le signal est donné au départ du train. Les 150 résistants mobilisés s’équipent de leurs armes, pensent qu’ils sont sur le point d’attaquer un train blindé. Ils prennent l’assaut de Neuvic et installent des barrages et des mines sur la voie de chemin de fer. Les habitants se cloîtrent chez eux, la gare est occupée, des tireurs s’installent dans les fossés, un homme équipé d’un lance-roquettes est prêt à tirer s’il aperçoit l’arrivée d’un véhicule allemand sur la route.

À 19h30, la locomotive approche de la gare. Contrairement à ce qu’ils pensaient, le train n’est pas blindé. Seuls quatre inspecteurs de police assurent la sécurité au sein du train. Prévenus, ceux-ci n’opposent aucune résistance. Le wagon rempli de billets est manœuvré vers une voie de débord avec l'aide même des cheminots. Les 150 sacs d’argent sont déchargés dans les deux camions prévus à cet effet. Au même moment, le téléphone sonne dans la gare. Les opérateurs de la SNCF de la prochaine gare s’inquiètent du retard du train. Celui qui décroche, un agent de la SNCF, leur répond d’un ton calme qu’il y a simplement un problème avec le wagon. Le transfert achevé, un bulletin de réquisition est remis aux représentants de la Banque de France présents dans le train, stupéfaits. Les Résistants s’en vont sans avoir tiré une balle. Le plus gros casse mondial s’achève.

Et après ?

La Gestapo entreprend dès le lendemain des représailles sur les poches de Résistances de la région, sans jamais retrouver le butin dispersé dans les maquis, les granges et les fermes. Les dettes et les bons de réquisitions sont remboursés, les groupes de résistants locaux dans la région et même au-delà sont financés.

La Banque de France porte plainte, classée sans suite par un juge qui décrète qu’il ne s’agissait pas de banditisme mais d’acte héroïque pour sauver la France. Après la libération de Périgueux et celle de France tout entière, la Banque de France reçoit une mineure partie des fonds issus du braquage. Selon des inspections, la somme qu’a reçue la Banque de France n’était pas celle qui restait après avoir été répartie. Il y aurait une partie qui se serait volatilisée. Aujourd’hui encore, bientôt 77 ans après les faits, subsiste le mystère sur cette somme d’argent.

 

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