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L’avocat du diable – Le portrait de Jacques Vergès

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L’avocat du diable – Le portrait de Jacques Vergès

Grand avocat tant controversé que redouté par l’ensemble des protagonistes des prétoires, Jacques Vergès s’est éteint le 15 août 2013 à la suite d’une crise cardiaque. L’homme aux mille vies et défenseur des causes extrêmes a toujours fait parler de lui. Retour sur un parcours hors-norme de celui qu’on appelle « l’avocat du diable ».

 

Par Zoé Robert-Ejner du Monde de la Sécurité 

Publié le 12 août 2021 à 16h30

 

Jacques Vergès nait dans les années 1920 d’un père réunionnais et d’une mère cambodgienne. Dès sa plus tendre enfance qui se déroule sous le soleil de l’île de l’océan Indien, le futur ténor du barreau baigne dans un contexte politique. A l’âge de 17 ans, il quitte son île avec son frère pour entrer dans la Résistance française et soutenir les forces gaullistes. Au sortir de la guerre, Vergès va très vite prendre sa carte au Parti communiste français.

Un engagement sans faille

Le jeune communiste débute alors ses études de droit et va très vite s’immiscer dans les organisations estudiantines. En s’installant à Paris, il prend la tête de l’association des étudiants réunionnais et fonde même le « Comité de liaison des associations d’étudiants coloniaux ». Ainsi, le « petit agitateur anticolonialiste du Quartier latin », comme il aime s’appeler, rencontre celui qui deviendra un ami de longue date, Saloth Sâr, le futur chef des Khmers rouges, plus connu sous le nom de Pol Pot. Animé par une soif anticolonialiste, il va très rapidement se rapprocher des mouvements défendant la cause algérienne.

C’est alors que sa carrière d’avocat débute réellement. Mansour, comme il se faisait appeler par les membres du FLN dont il soutenait la cause, est nommé avocat de Djamila Bouhired, célèbre militante algérienne capturée et torturée par des militaires français à la suite d’un attentat à la bombe au Milk Bar à Alger. Il élabore alors au cours de ce procès la stratégie qui ne cessera de l’habiter par la suite, la défense de rupture. Cette posture conduit les accusés à saper la légitimité des juges en jouant non plus sur le terrain juridique, mais sous le joug politique. Cela aura alors pour conséquence de mobiliser l’opinion publique internationale et fera de Djamila Bouhired un symbole de la lutte algérienne, évitant de justesse la condamnation à la peine capitale. Jacques Vergès dérange, il sera alors suspendu pendant l’année 1961 de sa fonction d’avocat.

Deux ans plus tard, il fonde avec Djamila Bouhired, devenue sa compagne, et Zohra Drif, une militante FLN, le périodique « Révolution africaine ». Cette revue, proche des thèses maoïstes, l’amènera à rencontrer assez rapidement le leader chinois de l’époque, Mao Zedong. Dans le même temps, Vergès se rapproche de l’Organisation de libération de la Palestine et deviendra même l’avocat de quelques militants devenus terroristes après avoir attaqué des avions israéliens en escale à Athènes ou à Zurich. Il dira plus tard, animé par ses convictions : « Je ne suis pas l’avocat de la terreur, mais l’avocat des terroristes. Hippocrate disait : "Je ne soigne pas la maladie, je soigne le malade". C’est pour vous dire que je ne défends pas le crime mais la personne qui l’a commis ».

Une disparition inexpliquée

Le 24 février 1970, Jacques Vergès se volatilise pendant près de 9 ans, pour ce qu’il qualifiera à son retour de « grandes vacances très à l’est de la France ». Il ne donnera plus signe de vie mais de nombreuses théories prospèrent. Certains affirment l’avoir croisé dans les rues de la capitale française, tandis que d’autres le croient aux côtés de son ami de toujours, Pol Pot, au Cambodge. Il aurait pu également se trouver en territoires palestiniens, ou encore à Cuba ou en Chine. Des thèses affirment même qu’il aurait été espion pour la RDA ou pour le gouvernement français.

S’agissant des causes de son exil, les hypothèses vont également bon train. Michel Debré, alors ministre chargé de la Défense nationale, aurait donné l’ordre de le tuer, tandis que le Mossad chargé des renseignements israéliens voudrait sa peau pour son engagement dans la cause palestinienne. D’autres diront que Vergès avait de graves soucis financiers, ce qui l’aurait poussé à disparaitre subitement. Le mystère demeurera puisque Vergès a emporté bon nombre de ses secrets dans sa tombe. 

Un ténor au service des diables

Lors de sa réapparition, Vergès s’installe à Paris où il renfile la robe. Il va alors se rapprocher des milieux terroristes d’extrême gauche, en devenant l’avocat de Magdalena Kopp, membre de la Fraction armée rouge allemande et amante du terroriste Carlos, qu’il finira également par représenter. Il sera également nommé comme avocat de certains membres du groupuscule d’extrême gauche Action directe.

En 1987, il devient l’avocat de Klaus Barbie, « le boucher de Lyon », inculpé pour le rôle qu’il a tenu dans la déportation des juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, il défendra un homme qui sera reconnu coupable de crime contre l’Humanité en utilisant encore et toujours la stratégie de rupture. « Serais-je prêt à défendre Hitler ? Bien sûr ! Et même George W. Bush. Je suis prêt à défendre tout le monde à condition qu’ils plaident coupables. ». L’ancien officier SS ne reconnaitra jamais avoir pris part à l’horreur de la guerre. En acceptant de défendre Barbie, des proches de Vergès diront qu’il cherchait à mettre en cause l’État français dans sa participation à la torture en faisant le rapprochement avec la guerre d’Algérie. Barbie sera condamné à la réclusion criminelle à perpétuité. Vergès expliquera qu’il ne peut « pas tolérer qu’un homme soit humilié, même un ennemi. Qu’un homme seul soit insulté par une foule de lyncheurs ».

Il continuera sa carrière en animant d’énormes procès médiatiques, en prenant toujours la défense de ceux que d’autres considéreraient comme indéfendables, Omar Raddad, Simone Weber, Anis Naccache et Georges Ibrahim Abdallah, militants libanais condamnés pour assassinat, ou encore Charles Sobhraj, dit « Le serpent », un tueur en série français. 

Il s’immiscera également dans la vie politique de différents pays, et notamment en Afrique, en devenant entre autres l’avocat de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire ou Moussa Traoré au Mali. Il jouera aussi un rôle dans de grandes affaires politiques françaises, à l’image de l’affaire du sang contaminé en France, de la trésorière occulte du RPR, surnommée « La Casette » ou encore Jacques Médecin, ancien maire de Nice.

Deux ans avant son décès, il deviendra l’avocat d’un Khmer rouge, Khieu Samphân, reconnu coupable de crime contre l’Humanité pour avoir procédé à l’exécution de près de 1,7 million de Cambodgiens. Vergès, engagé pour de maintes causes, dira toujours : « Défendre n’est pas excuser ; défendre, fondamentalement, c’est comprendre ; remonter la chaîne des causes et des effets qui a conduit un homme, en tous points semblable à nous, à perpétrer un acte que nous avocats sommes (dans la plupart des cas) les premiers à réprouver. » 

 

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