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[Interview] Jérôme Foucaud, directeur de la Direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris

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[Interview] Jérôme Foucaud, directeur de la Direction de l’ordre public et de la circulation de la préfecture de police de Paris

Commissaire de police depuis 1990, Jérôme Foucaud est l’actuel directeur de la DOPC (Direction de l’ordre public et de la circulation) de la préfecture de police de Paris. Il est aussi le fondateur, au côté du préfet de police Didier Lallement, de la Brigade de répression de l’action violente motorisée (BRAV-M) qui a été créée en mars 2019 pour faire face aux exactions de certains manifestants.

 

Interview du directeur de la DOPC de la préfecture de police de Paris, Jérôme Foucaud, réalisée par Jean-Jacques, directeur de la publication du Monde de la Sécurité

Publiée le 28 septembre 2021 à 10h00 

 

Quelles sont les grandes missions de la DOPC ?

La mission première de la DOPC, c’est l’ordre public. C’est notre cœur de métier. Elle est pilotée par un état-major très important. À cette mission d’ordre public coopèrent les compagnies d’intervention, la brigade des drones ou bien encore la brigade fluviale… pour ne citer que ces quelques unités.

La seconde mission de la DOPC est une mission de circulation, qui consiste notamment au contrôle du respect des dispositions du Code de la route, mais également une mission de prévention et de lutte contre la délinquance et les violences routières.

Notre troisième grande mission est de protéger les institutions parisiennes telles que le Palais de l’Élysée ou bien encore la préfecture de police, par exemple. Nous avons aussi la charge de protéger des points sensibles au travers des gardes statiques ou mobiles.

Il y a enfin une sous-direction du soutien qui fonctionne avec un effectif restreint, mais qui est essentiel au bon fonctionnement de la DOPC.

Les effectifs de la DOPC varient entre 5 600 à 6 000 personnes, selon les périodes.

En moyenne, il y a 7 000 manifestations par an à Paris et sa petite couronne. 70 % des 6 000 manifestations enregistrées à Paris sont des manifestations revendicatives. De quelle manière le maintien de l’ordre a-t-il évolué ces dernières années ?


Cette question est très intéressante. Quand j’étais jeune commissaire, le nombre de manifestants était un indicateur de réussite d’une manifestation. Pour les organisateurs – et je pense aux grandes organisations syndicales – une manifestation de 300 000 personnes pouvait être considérée comme une manifestation « réussie » alors qu’une manifestation rassemblant 10 000 personnes était une manifestation « ratée ». Et puis, avec le temps, les manifestations ont évolué et elles ont moins mobilisé.

Le deuxième facteur d’évolution, c’est l’image. Il y a 30 ans, il n’y avait pas de téléphone permettant de prendre des photos ou de tourner des vidéos. Il n’y avait pas non plus de chaîne d’information en continu, pas plus qu’internet ou des messageries cryptées. Il y a 30 ans, si votre manifestation passait au Journal de 20h, c’était gagné.

Aujourd’hui, le critère d’évaluation d’une manifestation réussie est totalement différent, car le pouvoir des images a tout révolutionné. Ces deux dernières années, la manifestation la plus importante à Paris a rassemblé 56 000 personnes : c’était une manifestation contre les féminicides. Le sujet était tellement dramatique que la couverture médiatique était au rendez-vous. Il s’agissait donc pour les organisateurs d’une manifestation réussie. La même manifestation l’année précédente, qui avait rassemblé près de 15 000 personnes, n’avait pas du tout eu les faveurs des médias dont l’attention avait été focalisée par les événements Gilets jaunes.

A titre de comparaison, le 1er décembre 2018, les Gilets jaunes étaient 18 000 à Paris et toutes les chaînes d’information en continu ont couvert cette manifestation de bout en bout. Ce sont les images chocs, les poubelles ou les voitures qui brûlent, les violences… qui sont maintenant le critère d’une manifestation réussie. C’est la couverture médiatique de la manifestation qui dira si la manifestation a été un succès ou non, mais en aucun cas la capacité des organisateurs à rassembler 10 000, 20 000 ou 100 000 personnes. Ce sont les éditions spéciales et les bandeaux aux titres racoleurs du type « Paris brûle-t-il ? » qui permettront de capter une audience. Et si l’audience est bonne, voire très bonne, alors les manifestants auront atteint leurs objectifs.

Pour obtenir un tel résultat, certains manifestants se mettent en scène et sont de plus en plus provocateurs et violents à l’encontre des forces de l’ordre, avec l’espoir d’être pris en photo ou de passer en boucle sur BFM ou Cnews et de faire ainsi le buzz.

Il y a aussi une catégorie de manifestants bien particulière et cette catégorie ne va pas battre le pavé. Ces manifestants d’un nouveau genre sont sur les réseaux sociaux et cherchent par tous les moyens à enflammer les réseaux en construisant des sujets pour qu’ils deviennent viraux afin d’enflammer leur communauté et la toile.

Comment vous organisez-vous pour faire face à de telles stratégies ?

Faire face à ce de type de manifestation implique de multiples actions.

Pour gérer dans les meilleures conditions une manifestation, il est essentiel d’avoir une lecture immédiate de la situation sur le terrain. En salle de commandement, au sein des divisions de pilotage, nous organisons une veille à partir de nos systèmes vidéo, mais aussi à partir des images des principales chaînes d’information en continu. Cette veille est aussi très active sur les réseaux sociaux, et plus généralement sur toutes les sources d’informations ouvertes qui nous permettront d’anticiper. 

Nous avions une source qui était essentielle pour nous avec le survol des manifestations par des drones, mais le Conseil d’État nous a ordonné de ne plus les faire décoller. C’était notamment grâce à ces drones que nous pouvions, en un temps record, déclencher des interventions en fonction des images qui nous étaient remontées.

Notre stratégie est d’anticiper et de réagir aux actions violentes le plus rapidement possible afin de laisser le moins d’espace possible aux fauteurs de troubles et de limiter au maximum les images empreintes de sensationnalisme. 

Quelles sont vos principales préoccupations lors de ces manifestations ?

Depuis plusieurs années maintenant, la stratégie de certains manifestants est de cibler de manière systématique les forces de l’ordre déployées sur le terrain. Les forces de l’ordre représentent l’ennemi à abattre. Face à des manifestants qui vouent une haine sans limites à toutes les institutions, la sécurisation d’une manifestation devient très compliquée, car nous savons que toutes les limites seront bafouées par certains groupuscules. Ma principale préoccupation est que le droit de manifester soit exercé sans limite, que toutes les manifestations se déroulent sans encombre, qu’aucune limite ne soit dépassée et, bien entendu, en faisant en sorte d’éviter que des membres des forces de l’ordre ou des manifestants ne soient blessés ou tués.

La création de la BRAV-M (Brigade de répression de l’action violente motorisée) en mars 2019 a marqué un véritable changement de doctrine en matière de maintien de l’ordre. Quel est votre bilan aujourd’hui concernant cette unité ?


À partir des observations que j’avais pu faire dans les mois qui ont précédé ma prise de fonction, j’ai suggéré au préfet de police Didier Lallement de construire quelque chose de nouveau afin que nous puissions gagner en mobilité et rapidité. J’ai donc proposé au préfet de police de mettre une section entière d’une compagnie d’intervention, dont la spécialité est le maintien de l’ordre, sur des motos. Le préfet de police a donné son accord et c’est ainsi que la BRAV-M a vu le jour.

Face à des manifestants qui sont imprévisibles et très mobiles, les BRAV-M nous permettent d’aller à n’importe quel point aussi rapidement que les manifestants.

La création de cette unité est une vraie réussite sur le plan du maintien de l’ordre. De plus, les BRAV-M constituent un formidable pôle d’attractivité et nombreux sont les fonctionnaires qui souhaitent rejoindre les rangs de cette unité.

Les membres des BRAV-M reçoivent-ils une formation particulière ?

Lorsque nous avons créé ce projet, j’ai souhaité que la formation puisse être au cœur de la démarche. Pour ce faire, il y a donc une formation spécifique pour les policiers qui intègrent la BRAV-M, qu’ils soient pilotes ou accompagnateurs. L’objectif d’une telle formation est notamment d’apprendre aux pilotes et aux membres des compagnies d’intervention à travailler ensemble. Une fois qu’ils ont 100 heures d’interventions, les fonctionnaires reçoivent un brevet de premier niveau, puis un brevet de second niveau lorsqu’ils atteignent 1 000 heures de maintien de l’ordre. Je n’ai pas eu pour l’instant à délivrer de brevet de second niveau.

En matière de matière d’ordre public, quelle est votre principale crainte ?


Ma crainte principale en matière d’ordre public, c’est l’action qui n’est pas contrôlée. Le maintien de l’ordre est une mission qui est extrêmement difficile. Les forces de l’ordre qui sont sur le terrain doivent faire preuve de beaucoup de résilience et de sang-froid face à des violences dont l’intensité peut dépasser l’entendement. Les fonctionnaires qui sont déployés sur le terrain font preuve d’un vrai courage.

Ma crainte, c’est qu’un fonctionnaire ou un manifestant soit très grièvement blessé ou se fasse tuer.

L’expérience de l’encadrement sur un dispositif de maintien de l’ordre est primordiale, car c’est cet encadrement qui va avoir la capacité de calmer les tensions, de motiver les troupes… si cela est nécessaire. Je dis à mes commissaires de police qu’ils doivent avoir une vue d’ensemble afin d’organiser les manœuvres. C’est uniquement de cette façon qu’il est possible d’éviter des dérapages. Lorsque l’ordre est donné d’effectuer un bond offensif, il est primordial que les fonctionnaires soient dûment encadrés, eux qui ont subi des assauts répétés parfois pendant des heures.

Nous mettons tout en œuvre pour éviter qu’un fonctionnaire ne se retrouve dans un tunnel qui va le pousser à agir de manière inadaptée.

De très grands événements vont avoir lieu à Paris en 2023 avec la Coupe du monde de rugby et en 2024 avec les Jeux olympiques. La préparation de ces événements est-elle déjà enclenchée par la DOPC ?


On ne peut pas mettre sur le même plan la Coupe du monde de rugby et les Jeux olympiques. La Coupe du monde de rugby se déroulera sur toute la France et il n’y aura que quelques événements à Paris.

En revanche, les Jeux olympiques sont, pour le coup, un événement extraordinaire que nous n’avons jamais vécu au sein de la DOPC qui reste une jeune direction. Pour répondre à votre question, oui, nous nous préparons déjà, et même déjà depuis un certain temps. J’ai recruté une commissaire de police spécifiquement affectée à ce dossier au sein de mon état-major. Cette commissaire a une petite équipe qui travaille sur ce sujet à longueur de temps.

La préfète déléguée à la zone de défense a elle aussi un petit staff chargé de ce dossier.

Il y a déjà beaucoup de réunions préparatoires et de missions de reconnaissance sur le terrain. Les sujets sont multiples, allant de la circulation en passant par les stratégies de sécurisation de la cérémonie d’ouverture. En notre qualité d’experts, nous sommes impliqués dans tous les dossiers.

Un dossier de cette importance est aussi très structurant pour la DOPC. Les enjeux et la taille de l’événement nous obligent par exemple à restructurer complètement notre salle de commandement, et ce aussi bien sur les plans techniques que tactiques.

Nous construisons déjà les schémas tactiques afin que nous puissions être en capacité de gérer toutes les situations qui pourraient se présenter à nous, et ce, en prenant en compte des niveaux d’intensité qui pourraient être très élevés.

En votre qualité de directeur de la DOPC, de quoi êtes-vous le plus fier ?


Ma plus grande fierté est que les fonctionnaires au sein de la DOPC soient fiers et heureux d’être dans cette direction et le montrent. Je crois que c’est en cela que consiste ma plus belle réussite.

Le parcours de Jérôme Foucaud 

Après des études de droit, Jérôme Foucaud a été tout d’abord policier auxiliaire avant de réussir le concours de commissaire de police.
En 1992, à l’issue de sa formation de commissaire, Jérôme Foucaud est nommé à Paris en sécurité publique, poste pendant lequel il a pu faire, comme il le précise, le tour des arrondissements. En 2002, il part en Asie pour faire trois années de coopération entre le Japon et la Corée du Sud. À son retour en France en 2005, Jérôme Foucaud prend la tête du commissariat du 9e arrondissement, puis de celui du 19e arrondissement. Il est ensuite nommé sous-directeur des services spécialisés et chef d’état-major de la DPUP de l’époque, qui s’appelait Direction de la police urbaine de proximité. Puis, il est appelé à travailler sur la réforme de la police d’agglomération. En 2009, Jérôme Foucaud est nommé chef d’état-major de la Direction de la sécurité de proximité de l’agglomération parisienne (DSPAP), puis conseiller au cabinet du préfet de police, avant d’être nommé DRH adjoint et enfin directeur de la DOPC.


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