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[INTERVIEW] Stéphane Volant, président du club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises

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[INTERVIEW] Stéphane Volant, président du club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises

Stéphane Volant est le président du célèbre club des directeurs de sécurité et de sûreté des entreprises. Le CDSE, créé depuis plus de 25 ans est la plus ancienne structure dans le domaine de la sécurité en entreprise. Le Monde de la Sécurité revient sur le parcours de Stéphane Volant et sur l’histoire, les objectifs et l’identité du CDSE. 

 

Interview de Stéphane Volant, Président du Club des Directeurs de Sécurité des Entreprises, par Jean-Jacques Richard, directeur de la publication du Monde de la Sécurité 

Publiée le 14 octobre 2021 à 10h00

 

Pourriez-vous me faire une description du Club des directeurs de sécurité des entreprises (CDSE) ?

Tout d’abord, le CDSE a été créé il y a plus de 25 ans, en 1995, ce qui en fait la plus ancienne structure dans ce domaine. À l’époque, il s’agit en tout premier lieu un club d’amis, de copains. Depuis, le club a grandi, mais le CDSE a su conserver cet ADN de convivialité : ce point est extrêmement important, car de cette manière, les membres peuvent échanger entre eux en toute confiance, sans enjeux de concurrence, sans copie cachée et sans risque. En effet, le club est une association à laquelle adhèrent les entreprises en tant que telles, tous secteurs d’activités confondus, dès lors que ces dernières disposent en leur sein d’une direction sécurité-sûreté corporate. De fait, il s’agit principalement de grandes entreprises du CAC 40 ou du SBF 120, mais également de sociétés de tailles plus moyennes. Ces entreprises sont représentées au sein du Club par leur directeur de la sécurité et de la sûreté, avec pour objectifs de :

  • Être un lieu d’échange de connaissances, de partage d’expériences et de coopération entre ses membres.
  • Être un lieu où voient le jour de nouveaux concepts, doctrines et outils.
  • Être un lieu permettant aux directeurs de la sécurité et de la sûreté de tisser un lien avec les autorités nationales, européennes ou internationales en matière de sécurité.
  • Et enfin, être un lieu favorisant les échanges avec d’autres associations comparables à la nôtre, et ce aussi bien au niveau national qu’international.

Échange et construction sont selon moi les deux mots qui définissent ainsi le mieux l’esprit du CDSE.

 

Combien d’adhérents compte le CDSE ?

Nous n’avons jamais eu l’ambition de rassembler 1 000 adhérents, surtout pas. Nous fédérons au sein du CDSE les directeurs sécurité-sûreté corporate, une fonction présente seulement dans les plus grandes entreprises, soit un nombre d’adhérents qui ne dépasse pas les 150. Ce point, notamment, nous différencie d’autres associations. En effet, ce sont les entreprises qui adhèrent au CDSE, et seuls les directeurs de la sécurité et de la sûreté en titre sont titulaires à part entière de cette adhésion tout en ayant la possibilité de permettre à l’ensemble de leurs collaborateurs de participer aux travaux du CDSE. Par ailleurs, les entreprises de consulting et les prestataires de service ne peuvent en aucun cas adhérer au club.

De plus, le CDSE est une association à but non lucratif, ce qui le différencie fortement d’autres structures. Notre sujet n’est pas de dégager un bénéfice, mais d’être un acteur objectif et jaloux de son indépendance. À titre d’exemple, le président du CDSE ne peut en aucun cas être un directeur de la sûreté ou de la sécurité, et ce afin d’éviter tout conflit d’intérêts.

Il est utile de préciser que nous avons également noué de nombreux partenariats, que ce soit avec des services du Premier ministre au travers du secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN) et de l’agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI), mais aussi avec certains services du ministère de l’Intérieur tels que la DGSI, DGPN et DGGN, la préfecture de police de Paris… ou bien encore, pour ne citer que ces quelques exemples, avec le ministère de l’Économie et des Finances ou le ministère des Armées.

Le CDSE est également membre associé du Medef.

 

Quel est votre rôle au sein de l’association ?

Mon rôle est de m’appuyer sur la cohésion de ce groupe de professionnels de la sécurité et de la sûreté pour transcrire leurs attentes auprès des pouvoirs publics sur un sujet qui est éminemment régalien. Il est en effet important de bien garder à l’esprit que les problématiques de sécurité globale ont toujours des impacts sur les aspects économiques et les ressources humaines des entreprises.

Nous ne sommes pas un syndicat et par conséquent nous ne sommes pas dans les revendications permanentes. Nous sommes un partenaire des décideurs publics, qu’ils soient locaux, départementaux, régionaux ou nationaux.

 

En octobre 2019, le CDSE a signé une convention d’échange d’informations avec les forces de sécurité intérieure. De quelle manière une telle convention se traduit-elle sur le terrain ?

Cette convention prend forme de deux façons : la première est territoriale et l’autre est plus institutionnelle. Nos échanges sur le plan territorial s’articulent au travers de contacts, notamment avec les directions départementales de la sécurité publique (DDSP) et à Paris avec la préfecture de police. À titre d’exemple, les directeurs de la sécurité participent à des réunions avec la PP en amont de grandes manifestations publiques afin de sécuriser ce qui peut l’être sur les parcours, car comme vous avez pu le constater les biens de certaines entreprises sont la cible systématique de certains extrémistes. Les directeurs de la sécurité indiquent également aux forces de l’ordre toutes les situations qui pourraient constituer des vecteurs de dangerosité comme la présence d’un échafaudage au niveau d’un siège social de telle ou telle entreprise. Il s’agit en l’espèce d’une démarche de complète collaboration et d’échange d’informations.

Sur le plan plus institutionnel, nous poursuivons nos actions afin que la qualité des échanges entre les directeurs de la sécurité et les organes étatiques de sécurité soit encore plus confiante, uniforme et homogène sur l’ensemble du territoire.


Les directeurs de la sécurité et de la sûreté ont-ils trouvé leur place dans le cadre du continuum de sécurité ? Ou bien les frontières sont-elles encore trop épaisses entre le secteur privé et le secteur public ?

Progressivement, le continuum de sécurité trouve sa place au sein de l’entreprise et les directeurs de la sécurité y occupent une place de plus importante.

La crise de la COVID-19 a ainsi mis un coup de projecteur sur les directeurs de la sécurité. Nombreux ont été les directeurs de la sécurité qui ont alors endossé le rôle de directeur de salle de crise et étaient donc en lien direct avec leur top management. Parmi leurs missions sensibles du moment, les directeurs de la sécurité ont à rapatrier leurs collègues restés à l’étranger ou à maintenir et sécuriser les déplacements d’autres collègues. Ils ont eu aussi à sécuriser la chaîne d’approvisionnement qui devenait, du fait du contexte sanitaire, un enjeu stratégique pour les entreprises de notre pays. Dans un tel contexte, la direction de la sécurité se révèle comme un élément déterminant de la chaîne de valeur.

Si j’osais, je dirais que grâce à la COVID, la direction de la sécurité s’est révélée comme essentielle à la réflexion stratégique et comme un maillon indispensable de la chaîne de valeur.

Néanmoins, il est nécessaire que les entreprises et les services de sécurité étatiques aillent encore plus loin dans leur rapprochement et multiplient les modus operandi afin de développer plus encore leurs relations. Nous sommes de plus en plus consultés et très souvent plus écoutés qu’entendus. Toutefois, nul doute qu’il est possible de faire mieux encore.

 

De quelle manière le rôle du directeur de la sécurité peut-il être encore renforcé au sein de l’entreprise ?

Comme je vous l’ai déjà dit, le directeur de la sécurité a pris une tout autre dimension du fait de la crise COVID au sein de leurs entreprises. Il s’agit maintenant de transformer cet essai.

Il est désormais acquis pour tout le monde que le directeur de la sécurité du XXIe siècle n’est plus celui du siècle précédent. Son rôle n’est plus d’obtenir une Légion d’honneur pour un dirigeant ou obtenir tel ou tel passe-droit pour un collaborateur. Ce temps-là est définitivement révolu.

Les directeurs de la sécurité sont aujourd’hui identifiés comme des professionnels de la sécurité disposant d’une réelle vision transversale. Il y a des années, les grands groupes voulaient systématiquement recruter d’anciens militaires ou policiers pour occuper la fonction, mais ce temps-là est derrière nous. Les sociétés recherchent aujourd’hui des professionnels de la sécurité qui ont non seulement une réelle expertise en matière de sécurité globale, mais également une parfaite connaissance des rouages du monde de l’entreprise.

Pour se développer plus encore, les directions de la sécurité doivent devenir des directions attrayantes et lisibles pour tous les collaborateurs au sein de l’entreprise pour attirer des talents d’autres directions. Après une formation ad hoc et une sensibilité affirmée pour la sécurité, ces talents devraient pouvoir faire un bout de chemin dans ce type de direction. Les très nombreuses formations diplômantes favorisent aujourd’hui ce type de parcours.

Enfin, il est indispensable que les directeurs de la sécurité puissent être en mesure de travailler sur des sujets transverses tels que la cybersécurité, la compliance ou bien encore les risques psychosociaux.

Il est essentiel que les directeurs de la sécurité aient une vision et des actions transversales et soient en capacité d’apporter des conseils en matière de sûreté, aussi bien à la direction financière sur des thématiques données qu’à la direction de la communication en cas de crise ou bien encore à la direction de l’immobilier pour la conception de tel ou tel bâtiment.

Enfin, les menaces protéiformes qui pèsent sur toutes les entreprises font de la sécurité/sûreté une pierre angulaire. Et contrairement à ce que certains pourraient penser, une direction sécurité coûte peu au regard des pertes occasionnées par certains « faits sûreté ». D’autant que désormais, l’approche statistique n’est plus de mise lorsque la question n’est plus de savoir « si » mais « quand » l’entreprise en fera l’objet.

 

Quel est selon vous aujourd’hui le profil type d’un directeur de la sécurité/sûreté ?

Il faut tout d’abord avoir envie de travailler sur des problématiques de sécurité au sens très large.

De plus, il n’est pas essentiel, mais cependant pas inintéressant, d’avoir eu une expérience au sein de la police, de la gendarmerie ou des armées. Pour ces profils, il est toutefois impératif de compléter cette expérience par une formation diplômante en sécurité globale et tout mettre en œuvre afin d’avoir une très bonne connaissance du monde de l’entreprise.

Pour les candidats issus du monde de l’entreprise, il est impératif d’acquérir de solides bases en matière de sécurité globale et publique en suivant des formations de très bonne facture qui sont délivrées par le CNAM, l’IHEMI, l’IHEDN ou bien encore par la gendarmerie nationale.

Dans tous les cas, le bon profil sera, outre les compétences techniques, une furieuse envie d’être utile !

 

Pour conclure, quel regard portez-vous sur les relations public/privé en matière de sécurité ?

Tout d’abord, il y a en France une nécessité de connexion, de synergie et de transversalité entre les différents services de l’État, car à ce jour le ministère de l’Intérieur se préoccupe peu des actions conduites par le ministère de l’Économie qui lui-même n’a que faire des actions menées par le ministère des Affaires étrangères. Il en est bien évidemment de même, trop souvent encore, entre ces différents ministères et les directions de la sécurité des entreprises.

Au sein de l’entreprise et même si ça s’arrange vraiment, les directions de la sécurité ont encore trop de difficultés à échanger avec les directions des achats, du marketing, de la finance, de l’immobilier ou des ressources humaines.

Notre pays est encore trop souvent déstabilisé par cette absence totale de transversalité, de synergie, d’écoute des uns des autres et ce n’est pas comme cela que l’on bâtit une grande Nation.

Il y a quelques semaines, j’intervenais à la clôture du Beauvau de la sécurité et j’ai insisté sur cette nécessité de transversalité entre le secteur public et le privé.

Je vais prendre un exemple : aujourd’hui, les réseaux de caméras développés par les acteurs privés sont sans aucun doute plus nombreux que les réseaux de caméras déployés par le secteur public et il n’y a que de très rares connexions les uns avec les autres.

Prenons un autre exemple… Nombreuses sont les entreprises qui analysent toutes sortes de signaux faibles concernant la radicalisation de certains salariés. Eh bien, là aussi, il n’y a que trop peu d’échanges !

La lutte contre la délinquance, qu’elle soit petite ou grande, implique que les services de sécurité de l’État soient plus que jamais hyper connectés avec le monde de l’entreprise, lequel représente une véritable source d’informations. Dans cette chaîne de sécurité, tous les maillons doivent être des maillons forts, car la solidité de la chaîne se mesure au maillon le plus faible.

Le régalien n’est plus l’alpha et l’oméga en matière de sécurité et l’État n’est plus, selon moi, en capacité de se priver de l’expertise du secteur privé et donc du formidable réseau que constituent les directeurs de la sécurité. J’ai la conviction que ce message est de plus en plus compris et de mieux en mieux intégré à toutes les réflexions en matière de sécurité. Sans doute le CDSE n’y est-il pas pour rien !

 

Le parcours de Stéphane Volant 

Comme il se définit lui-même, Stéphane Volant est un serviteur de la République dont la seule motivation a toujours été « d’être utile ». Après un début de carrière en qualité de collaborateur d’hommes politiques, il intègre la SNCF où il restera pendant plus de vingt ans. Stéphane Volant achève son parcours au sein de la SNCF au poste de secrétaire général, où il assurait entre autres la tutelle de la direction de la sûreté qui emploie près de 3 000 femmes et hommes en arme sur le domaine public.

Homme engagé, Stéphane Volant déclare avoir « adoré » travailler pour le service public et, plus que tout, au service des clients de la SNCF. « Je n’ai fait ni l’ENA ni Polytechnique, mais j’ai toujours été guidé par le service du public. »

Aujourd’hui, Stéphane Volant, outre son mandat de président du CDSE, est également président du TER de DAKAR ainsi que président de Smovengo, l’opérateur du service Vélib’ de la Ville de Paris.

Enfin, Stéphane Volant est réserviste opérationnel affecté au cabinet du chef d’état-major de l’armée de terre.

Pour définir ses différentes missions, Stéphane Volant dit que son rôle premier est « de faire de la traduction simultanée entre le manager privé et le décideur public qui ont tous les deux besoin de se comprendre pour être en capacité d’agir. »

 


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