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[Un peu d’Histoire] Des immigrés algériens jetés dans la Seine

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[Un peu d’Histoire] Des immigrés algériens jetés dans la Seine

Il y a 60 ans, le 17 octobre 1961, plusieurs dizaines d'immigrés algériens étaient tués et blessés lors d'une manifestation à Paris.

 

 

 

 

Par Ugo Maillard du Monde de la Sécurité 

Publié le 15 octobre 2021 à 12h01

En octobre 1961, alors que la guerre d'Algérie touche à sa fin, un couvre-feu est décrété en France pour ceux que l'on appelle à l'époque les « Français musulmans d'Algérie ». Depuis quelques mois, de nombreux policiers sont assassinés à Paris par des militants du FLN (Front de libération nationale, qui milite pour l'indépendance de l'Algérie). 

Le préfet de police de la capitale, Maurice Papon, promet à ses hommes une répression sanglante en toute impunité. « Pour un coup donné, nous en porterons dix », lance le haut fonctionnaire. Les immigrés algériens sont victimes peu à peu de vengeances de la part des forces de l'ordre. Le 5 octobre, l'État met en place un couvre-feu qui cible uniquement les travailleurs algériens, ils ont alors interdiction de circuler entre 20h30 et 5h30 du matin. 

C'est dans ce contexte de tensions et pour protester contre cette mesure inéquitable que le FLN appelle les Algériens à manifester pacifiquement le 17 octobre dans trois endroits de Paris : la place de l'Etoile, les Grands Boulevards et les boulevards Saint-Michel et Saint-Germain.

Une nuit tragique

Dans la soirée, des dizaines de milliers de manifestants algériens sans arme envahissent ces trois zones. Très vite, la police réprime dans la violence les personnes présentes. Des nombreux morts et blessés jonchent les rues de Paris, certains d'entre eux sont même jetés dans la Seine. 

Le lendemain, la préfecture de police communique un bilan officiel de deux morts et la presse ne rend pas compte tout de suite de la violence des événements. Il faudra attendre le travail de plusieurs historiens et d'associations pour que le bilan des victimes gonfle bien que celui-ci n'ait jamais pu être précisément établi (les sources divergent entre quelques dizaines de tués à plus de 200).

Une nuit oubliée

Cet événement a pendant longtemps été occulté par l'État français. « Une volonté d'oubli judiciaire, qui s'est combinée avec les décrets d'amnistie, qui couvraient les faits de maintien de l'ordre en France, une difficulté à accéder aux archives, l'épuration d'un certain nombre de fonds... tout cela a contribué à ce phénomène d'occultation jusqu'à la fin des années 1970 », déclarait en 2011 l'historien Gilles Manceron.

Jusqu'au 17 octobre 2012, date à laquelle le nouveau président de la République de l'époque, François Hollande, rend hommage aux victimes tombées cinquante et un ans plus tôt : « Le 17 octobre 1961, des Algériens qui manifestaient pour le droit à l'indépendance ont été tués lors d'une sanglante répression. La République reconnaît avec lucidité ces faits. Cinquante et un ans après cette tragédie, je rends hommage à la mémoire des victimes. »

 

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